MasdelRiou

#WomenDoWine : Quand les vigneronnes cassent les idées reçues

Cette semaine les Épicuriens du Vin ont décidé de s’intéresser à ces vigneronnes qui font fi des idées reçues.  Si, à travers l’histoire, le vin s’est souvent retrouvé cantonné au monde masculin, ces dernières années la tendance s’est inversée. Les femmes n’hésitent plus à s’afficher comme consommatrices éclectiques, éclairées et affirmées. En terrasse où à la maison, elles aussi, savent choisir et apprécier un bon vin !

De la production à la vente, le monde du vin se féminise pour s’éloigner peu à peu de son carcan traditionnel. À l’heure de la naissance du mouvement « WomenDoWine », les femmes montrent qu’elles savent se retrousser les manches et prouvent qu’elles ont autant leur place dans ce métier que leurs compagnons masculins. Et sur les réseaux sociaux, elle sont de plus en plus nombreuses à mettre en avant leur quotidien pour bousculer les mentalités.

        

  

Les Épicuriens du Vin ont eu l’occasion de s’entretenir avec l’une d’entre elles, Carole Plouzeau, vigneronne au Mas Del Riou à Gaillac. Elle nous en apprend un peu plus sur son parcours et sa vocation dans le milieu du vin.

Carole-Plouzeau

Pouvez-vous nous parler de l’histoire du Domaine ?

Les vignes que nous exploitons sont implantées dans la plaine de Gaillac depuis une soixantaine d’années. En 2011, mon mari, Ludovic, en devient le chef de culture, et le propriétaire lui propose rapidement de reprendre le domaine. C’est donc chose faite en décembre 2014, où démarre l’aventure du Mas del Riou. En effet, bien que le domaine eût par le passé produit ses propres bouteilles, lors de son installation cela faisait 8 ans que la cave ne servait plus, le raisin étant livré à une cave coopérative. Aller jusqu’au bout du process était une évidence, nous avons donc redémarré la cave, créé un nom de domaine et une gamme de vins. En 2015, nous vendangions notre premier millésime avec beaucoup d’excitation et de fierté. Aujourd’hui, c’est dans même état d’esprit que nous attendons avec impatience la récolte 2018.

Comment se déroulent vos journées au Domaine ?

Bien que travaillant dans l’univers du vin depuis quelques années, et ayant accompagné la naissance du Mas del Riou, je n’ai rejoint mon mari sur le domaine que depuis le 1er janvier. N’étant que 2 pour gérer les 20 hectares du domaine, nous avons rapidement établi un partage des tâches garantissant efficacité et, surtout, collaboration harmonieuse. En effet, travailler en couple était un challenge de plus à relever ! Aujourd’hui, je suis donc en charge des volets administratif, commercial et communication alors que Ludovic gère la vigne et la cave. Bien que chacun ait ses propres missions, toutes les décisions sont prises à deux et la polyvalence reste de rigueur. Il n’est donc pas rare de me croiser dans les vignes ou dans la cave, ce qui, j’avoue, me plait énormément ! Dans nos métiers, il n’y a pas de journée « type », on s’adapte continuellement à la météo, à la venue des clients, à la préparation des commandes ou aux livraisons. Aucun jour ne se ressemble, et c’est une chose que j’apprécie particulièrement car cela ne laisse aucune place à la routine.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce milieu ?

J’ai grandi dans une exploitation agricole sur l’Aubrac où mes parents sont éleveurs de bovins viande. Je suis donc très attachée aux valeurs de la terre, mais il est vrai que je n’étais pas vraiment prédestinée à la viticulture ! L’amour de ce métier est né tout d’abord de la passion pour le vin. Mes parents, amateurs de bonnes cuvées, m’ont fait découvrir cet univers qui offre tant de diversité. Puis, la passion s’est accentuée par une rencontre avec un sommelier talentueux, ami de mes parents, qui, au travers de ses récits, m’a complétement plongée dans le monde de la vigne et du vin. J’ai alors décidé de poursuivre mes études dans ce secteur, tout d’abord avec une spécialisation en marketing et communication, puis ensuite par une formation technique en viticulture et vinification. Être vigneronne, j’y avais parfois songé, mais c’était plutôt un rêve de fin de carrière. Et, c’est finalement l’amour qui a accéléré les choses. En 2015, j’ai rencontré Ludovic, au tout début de son installation en tant que vigneron. C’est alors une « double aventure » qui a débuté, et qui s’est concrétisée officiellement cette année par notre mariage et mon arrivée sur le domaine.

Quelles sont les qualités dont une femme a besoin pour faire sa place dans ce milieu ?

Le monde viti-vinicole se compose d’une multitude de métiers, et chacun requiert des qualités bien spécifiques, que l’on soit un homme ou une femme d’ailleurs ! Je parlerai donc des métiers que je connais, à savoir ceux relatifs à la communication et à la production, et de mon évolution en tant que femme dans ceux-ci. Je ne pense pas que le fait d’être une femme requiert des qualités différentes pour faire sa place dans le secteur de la vigne et du vin. De par mes expériences, je dirais plutôt que tout l’enjeu est de prouver que l’on dispose de ces qualités. Mes recherches de stages ont parfois été complexes, notamment lors de mon cursus technique. Il ne faut pas oublier que le métier de viticultrice/vigneronne impose des tâches physiques, parfois un peu ingrates. Je pense que c’est là que les doutes persistent le plus, notamment quand on n’est pas issue du milieu viticole, et c’est là que nous devons encore faire preuve de persévérance pour gommer ce préjugé. Après, je ne vais pas mentir non plus en disant que je suis capable de tout faire toute seule, mais mon mari en dira de même. Pour ce qui est des métiers liés à la communication, je dirais qu’être une femme n’a pas été un frein pour moi. Par contre, je pense que mon cursus technique m’a beaucoup aidée, car il m’a offert de la légitimité auprès de mes interlocuteurs, mais aussi une plus grande capacité d’adaptation.

Quel message voudriez-vous faire passer aux femmes qui veulent devenir vigneronnes ?

Je leur dirais que si elles sont passionnées, comme moi, rien ne sera un frein. Il y aura bien sûr des difficultés à surmonter, mais c’est le cas de nombreux métiers. Être vigneronne, ou plus globalement agricultrice, offre aussi des avantages que l’on oublie souvent d’évoquer. Ce sont des métiers où l’on est très souvent entouré, que ce soit par la famille ou par les amis. C’est un secteur dans lequel demeure encore aujourd’hui de la solidarité et de l’entraide. Et puis, bien que l’on ne compte pas ces heures, c’est tout de même une profession qui offre beaucoup de liberté. C’est ce qui permet, en tous cas c’est ma vision, d’avoir une vie personnelle épanouie. Pour cela, il faut bien sûr s’en donner les moyens, mais mes parents m’ont parfaitement montré l’exemple, et je ne les remercierai jamais assez pour cela.

Que pensez-vous du mouvement « WomenDoWine » ?

Bien que depuis quelques années, on constate une « féminisation » du secteur, il ne faut pas oublier que les femmes ont toujours existé dans ces métiers. Notamment sur les domaines où, comme dans tout le monde agricole, elles ont très souvent travaillé à la ferme. Ce qui change aujourd’hui, c’est que les femmes ont un « véritable » statut dans les entreprises viticoles et que les médias ont largement contribué à le faire savoir ces derniers temps. Mais cela n’est pas le fait du hasard, simplement de la volonté de quelques « femmes du vin » d’avoir cherché cette reconnaissance et cette visibilité. Je citerais des collectifs comme les « Femmes Vignes Rhône » ou les « Vinifilles » que j’ai vu débuter il y a une dizaine d’années sur le salon Vinisud, où j’étais chef de projet. Le mouvement « WomenDoWine » est donc une continuité à ces premières initiatives, mais revêtant une dimension plus globale, une sorte de lien entre toutes ces collectifs souvent dispersés. Si cette association existe, c’est certainement aussi parce que les mentalités n’ont pas encore complètement évolué et que beaucoup de travail reste à faire pour que nous, les femmes, nous ayons pleinement notre place dans le milieu du vin. J’ai récemment demandé mon adhésion à Women Do Wine, car au-delà du fait de faire valoir ma place de femme dans cet univers, j’ai à cœur de partager mon expérience avec d’autres ; qu’ils soient hommes ou femmes car l’association est bien ouverte à TOUTES et à TOUS. Dans les prochains mois, je découvrirai donc ce mouvement de l’intérieur, et j’espère pouvoir amener ma pierre à l’édifice et m’enrichir de multiples échanges.

Si vous étiez un vin, lequel seriez-vous et pourquoi ?

C’est une question difficile qui me demande une petite introspection ! Je ne vais pas jouer l’originalité car je vais rester dans le gaillacois avec un vin issu de Duras. C’est un cépage que j’affectionne particulièrement, d’une part parce qu’il n’existe qu’ici, mais surtout parce qu’il offre une alliance unique d’élégance et de rusticité. Je pense que ce sont deux caractéristiques qui me reflètent assez bien. Je pense être une femme de caractère, courageuse et déterminée ; des valeurs que j’ai appris auprès de mes parents et de mes grands-parents. Mais je suis aussi, et tout naturellement, une FEMME qui a besoin de faire valoir sa féminité. C’est ainsi que je trouve mon équilibre, et c’est ce que je retranscris chaque jour dans mon travail sur le domaine.

Et mis à part le vin, qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

Je suis très curieuse, et avide de découvrir le monde qui m’entoure. J’aime les voyages, même si j’ai mis cela un peu entre parenthèse pour le moment (lancement d’entreprise oblige !) ; la gastronomie ; les traditions culturelles…
Je suis aussi très attachée à passer du temps avec ma famille et mes amis, j’aime ainsi la simplicité de moments conviviaux.
Et puis, je ne peux pas finir sans parler de mon attachement à l’Aveyron, et plus précisément à l’Aubrac. Ces grands espaces empreints d’une énergie que l’on ne peut décrire, le sentiment de liberté que je ressens lorsque je suis là-bas et le respect des traditions ancestrales qui rappelle que tant de générations ont œuvré pour façonner et préserver cette terre.

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